Les Verts 92

Complicité de génocide ?

Un article de David Michel

lundi 6 septembre 2004

Il y a dix ans, le 7 avril 1994 , débutait le troisième génocide du XXe siècle, dans lequel périrent 800 000 à un million de Tutsi et résistants Hutu..

Les complicités françaises y sont accablantes, et malgré une désinformation quasi générale, quelques associations, parlementaires, journalistes et rescapés tentent d’éclaircir les circonstances de ce drame.

Parce que nous, citoyens français, n’acceptons pas le manque de contrôle et l’impunité dans notre appareil d’État, une commission d’enquête citoyenne s’est réunie du 22 au 26 mars 2004, puis a remis ce samedi 27 mars à l’Assemblée Nationale ses conclusions, pointant du doigt les responsabilités françaises sur les plans militaire, financier, et diplomatique.

Parmi ses nombreuses conclusions, la commission rappèle, entre autres :

  • que les troupes spéciales françaises ont formé de 1991 à 1993 des milliers d’hommes qui pour beaucoup allaient devenir les encadreurs du génocide ; ainsi que les commandos de la Garde présidentielle et les troupes d’élite de l’armée rwandaise.
  • Elle indique que les livraisons d’armes par l’aéroport de Goma au Nord-Kivu - contrôlé directement par les Français durant l’opération Turquoise, ou par ses alliés avant et après - ont continué, pendant et après le génocide.
  • Sur le plan financier, la commission s’est étonnée que la Banque nationale du Rwanda, trésor de guerre des organisateurs du génocide, ait pu tirer des sommes importantes sur la Banque de France et la BNP Paris, pour un total de plus de 30 millions de FF.
  • La journaliste Colette Braeckman a confirmé que, selon une source diplomatique, le Gouvernement intérimaire rwandais (qui sera jugé responsable du génocide par le Tribunal pénal international d’Arusha, et que la France continuera de reconnaître) aurait été constitué au sein de l’ambassade de France à Kigali, sous la houlette de l’ambassadeur Marlaud.
  • D’après Alison Des Forges et Patrick de Saint-Exupéry, l’ex-capitaine de gendarmerie Paul Barril a signé avec le gouvernement du génocide un contrat "insecticide" (les Tutsi étaient appelés "cafards").
  • Human Rights Watch, dans un rapport de 1995, assure que l’armée française aurait transporté l’organisateur présumé du génocide, Théoneste Bagosora, le chef milicien Jean-Baptiste Gatete, et plusieurs autres responsables de l’extermination des Tutsi. (...)
  • selon l’historienne Alison Des Forges et le journaliste Patrick de Saint-Exupéry, le lieutenant-colonel Cyprien Kayumba, acheteur d’armes des FAR, attaché à l’ambassade du Rwanda en France, aurait séjourné 27 jours à Paris au printemps et au début de l’été 1994, et aurait été en contact fréquent avec le général Huchon.
  • La commission rapporte également des témoignages extrêmement graves contre certains militaires français accusés d’avoir coopéré activement avec les génocidaires. (...)

L’ensemble des conclusions et des auditions, dont ne sont repris ici qu’une infime partie, sont consultables sur les sites de Survie et de la CEC, où une pétition peut être signée.


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