Les Verts 92

BOLIVIE : rencontre avec le nouveau président EVO MORALES

jeudi 12 janvier 2006

Une militante verte, Helia CACERES, qui a pu assister à la conférence du nouveau président bolivien EVO MORALES le 6 janvier dernier à la Maison de l’Amérique Latine dresse un compte-rendu tout personnel, et sensible, de son intervention.

" Evo Morales, 46 an, leader "cocalero" (producteur de coca), indien aymara, devenu président de la Bolivie, un sourire enfantin sur les lèvres, a dit à deux reprises, qu’il n’arrive pas encore à réaliser qu’il a été élu président de son pays.

Une réunion à la Maison de l’Amérique Latine, a priori prévue pour rencontrer les chefs d’entreprise français, s’est terminéepar une espèce de meeting politique, tellement la Maison de l’Amérique Latine était remplie de citoyens latinos et français, qui souhaitaient approcher le président bolivien.

Quatre autocars chargés de CRS postés devant la Maison d’Amérique Latine, assuraient l’ordre.

Dans un discours parsemé de souvenirs d’enfance il a parlé essentiellement de la misère profonde de son pays. Où le poids de 500 ans de colonisation dit-il se fait encore ressentir jusqu’aujourd’hui. Dans un pays où la population indigène représente 64% de la population, les indiens sont exclus de tous les postes importants de l’administration et de l’état. Il n’y a jamais eu un général indien raconte-il.

Un pourcentage élevé de la population indigène ne dispose pas de documents d’identité, tant l’état les a ignorés jusqu’à maintenant. "Un jour" dit-il ; "lorsque j’étais enfant, avec mon frère, nous souhaitions organiser une petite fête pour l’anniversaire de notre père. Lorsque nous lui avons annoncé la nouvelle, il nous a demandé : quel anniversaire ? Nous lui avions montré la date qui apparaissait dans sa pièce d’identité, il nous a alors répondu, Cette date là je l’ai inventé juste pour avoir des papiers d’identité ; je n’ai jamais su quand je suis né".

Il parle de la misère, des effets de la sécheresse de certaines régions, où faute de quoi manger, des villageois se lancent à la recherche des plantes sauvages (tubercules) pour remplir leur marmite. Les peu d’écoles du pays manquent d’électricité, d’eau potable.

Il raconte que lorsqu’il était enfant quand les bus traversaient son village, il ramassait les peaux d’oranges et de bananes que balançaient les voyageurs par les fenêtres, pour les manger. "Ensuite, je rêvais à l’époque", dit -il, "de devenir un jour un voyageur de bus, pour pouvoir manger des vraies oranges et des vraies bananes."

Il dénonce la corruption comme le principal fléau de la Bolivie. "Même les entreprises" dit-il "en ont assez des exigences des hommes politiques et de fonctionnaires de l’état, leur demandant des pourcentages importants de pots de vin pour gagner les appels d’offre". Il dénonce également la corruption très répandue dans les partis politiques. Beaucoup de chefs d’entreprise aujourd’hui en Bolivie ont constitué leurs capitaux avec pour seule source la corruption de l’état.

"Lors de ma campagne politique nous avons reçu de l’aide désintéressée de beaucoup de Boliviens, mais nous avons également reçu des promesses d’aide intéressées, comme lorsque quelqu’un m’a promis 10.000 dollars à condition que j’accorde un poste à son fils dans les douanes" (rires du public).

Ce sont les « politiques néolibérales » qui ont maintenu le pays dans la misère, malgré la richesse de la terre, de la "Mama Pacha" ( terre-mère en quechua). C’est pourquoi "l’Etat doit reprendre le contrôle de ses ressources naturelles". "Pour rassurer les investisseurs" dit il, "nous allons nationaliser les ressources naturelles comme le pétrole, le gaz afin d’établir des contrats avec les exploitants plus justes pour l’état bolivien . Nous allons accueillir des investisseurs étrangers et nous allons respecter leurs revenus, leurs profits. Nous exigeons seulement qu’ils respectent les règles de jeu de l’état bolivien, qu’il paient les impôts qui leur correspondent."

Concernant l’éducation, il dit avoir un plan pour informatiser toutes les écoles de la Bolivie, et dit avoir pensé aux panneaux solaires, comme ressources pour avoir de l’électricité dans les villages isolés.

Ses références sur le plan international sont le Venezuela et Cuba. Il dit avoir pris conseil des présidents Chavez et Fidel Castro, qui lui ont parlé de comment mener une politique nationaliste tout en accueillant les investisseurs étrangers.

Dans un discours qui mélange des revendications nationalistes et gauchistes, il se revendique du communisme dans le sens où le pouvoir de son mouvement vient des "communautés d’indiens". Une bonne partie de l’économie bolivienne est encore communautaire, dans son village natal les terres et même le bétail appartiennent à la communauté. Là-bas les indiens ne savent pas ce que c’est la propriété privée.

A plusieurs reprises, il fait allusion aussi à son expérience dans le syndicat des planteurs de coca du Chaparé, dans la région de Cochabamba.

Le grand ennemi est le gouvernement des Etats-Unis. "Nous préférons nous soumettre à notre peuple qu’à l’empire. Le gouvernement américain a essayé par tous les moyens d’empêcher que nous arrivions au pouvoir, on nous a traité de "narco-traficants, de terroristes pour nous discréditer. On dit : comment un homme qui ne sait que cultiver des feuilles de coca peut-il gouverner ?". Il répond qu’effectivement il n’a pas de compétences en économie et en finances, mais que la Bolivie compte avec des techniciens ayant des solides compétences avec qui il compte jouer la carte de la complémentarité.

Il annonce que le gouvernement espagnol leur a promis d’annuler la dette extérieure envers l’Espagne de plus de 100 millions de dollars, ainsi que des millions d’euros pour l’éducation. Il continuera sa tournée en Chine et en Afrique du Sud avant de rentrer à son pays.

Il souhaite que la gauche emporte les élections au Pérou en 2006."


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